Le 1er juillet 2018- Fier d’être un Canadien humaniste !

Par Stephane Deslauriers

Bonjour à tous

C’est la fin de l’année pour plusieurs, et la magnifique saison des vacances qui s’amorcent pour plusieurs d’entre nous. Chaque fin d’année apporte aussi son lot d’expériences, de victoires et de défaites, d’apprentissages de leçons, et quelques fois, des sources d’illumination, des éléments que nous pensions oubliés, qui un jour nous ressort en pleine face. Personnellement, je ne sais pas ce que vous avez appris ou ce que vous avez réalisé ou compris de cette année. Pour moi, ce fut une année qui a mis en évidence un élément de mon identité de ma personnalité, celle de la personnalité assumée de Canadien…

Le Canada, ce pays créé il y a 151 années participe aux rendez-vous mondiaux (G7, G20, OTAN, ONU), ce pays tout jeune, né dans une volonté d’échanges et de médiation. Un pays qui occupe le 10erang sur la planète en ce qui a trait à son PIB, mais au 38erang au niveau de la population. En fait, le bébé des nations industrialisées qui se retrouve à la même table des plus grands.

Ainsi, en cette veille du 1er juillet, soit la journée de la Fête du Canada, voici pourquoi cette année

Je suis très fier d’être canadien…. Et j’ajouterais humaniste de surcroît…

Laissez-moi vous raconter !

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Le Canada est né en 1867 de la volonté d’une poignée d’homme et surtout d’une couronne britannique qui dans un mouvement global, a permis à de nombreuses colonies européennes de prendre totalement leur envol. Des Européens, venu s’établir sur un continent déjà peuplé par des nations autochtones ont appris, au travers difficultés, guerres et conflits à s’installer sur cette terre remplie de richesse. Et tout en suivant son histoire, le Canada a vécu, lui aussi dans la joie dans la progression d’un rêve de ces hommes et de ces femmes, mais aussi le sang des génocides, des injustices et des guerres.

En fait, je vous ai parlé de personnalité assumée. Et les événements de la dernière année m’ont complètement réaligné avec celle de mon pays, celui qui s’est bâti certainement dans la douleur et le sang, mais qui a appris à vivre, survivre et grandir dans l’adversité, malgré sa petite taille.

Jusqu’à tout récemment, on avait l’impression que notre Canada n’existait pas. Qu’il est tout simplement le « petit frère » de l’omnipotent « grand frère américain » au sud de la frontière ! Combien de fois au cours de ma carrière, l’on m’a dit que finalement, les Canadiens, cela n’existe pas ! Pour plusieurs, le Canada n’est qu’une version édulcorée des États-Unis, une passerelle vers le Nouveau Monde. Pour d’autres, le Canada est le symbole du méchant envahisseur anglophone et financier qui opprime les Québécois. Pour encore d’autres, le Canada n’est qu’un mélange de nations, sans cohésion, sans culture et surtout sans identité propre. Le Canada se limite au hockey, la police montée, la ceinture fléchée, les amérindiens trappeurs, la neige et le froid, la poutine et le sirop d’érable. En fait, selon moi, le Canada c’est tout cela et rien de cela. Bien au-delà des clichés, ce que la dernière année m’a montré, c’est qu’être canadien, c’est en premier assumer que nous sommes à la fois des gentils et des méchants.   C’est assumer ce que nous ne sommes pas et être fier de ce que nous sommes. C’est comprendre qui nous sommes et l’affirmer très haut et très fort, malgré le vent et les marées.

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Il est vrai qu’il est difficile de s’affirmer lorsque son voisin parle si fort, qu’il est si puissant, et d’autant plus qu’il utilise toute l’attention possible afin d’arriver à ses fins. Avec le succès incroyable qu’ont eu les États-Unis au cours des dernières 50 années, il est facile d’analyser la situation uniquement avec le prisme des dernières décennies. Il est vrai que la croissance exponentielle des États-Unis au cours du 20e siècle a certainement contribué à cette perte d’identité canadienne.

Mais au-delà de la présence économique, il y a la langue. La présence de l’anglais sur le continent étant écrasante, les quelque 25 millions d’anglophones canadiens ne peuvent tenir devant les 325 millions d’Américains. Alors, imaginez les quelque 10 millions de francophones qui doivent tous les jours faire face à ce continent de 350 millions d’anglophones. Oui, le « Canadien », et encore plus, le « francophone », doit se tenir debout s’il veut survivre une génération de plus. Les poches de francophones ailleurs qu’au Québec et en Acadie se réduisent d’une génération à l’autre d’une vitesse alarmante.note 1note 2

Les Canadiens français dont font partie les Québécois, ainsi que les Franco-ontariens et les Acadiens, nous sommes fiers de notre langue, de notre culture. Nous avons mis en place des lois qui semblent complètement inutiles pour d’autres qui ne ressentent pas l’urgence de la langue. Les 10 millions de francophones en Amérique du Nord sont confinés surtout sur le territoire du Québec et quelques poches de résistance aux États-Unis. Mais on oublie souvent qu’à la fondation même des États unis, le français était assez important pour que Benjamin Franklin fasse campagne afin que le français soit déclaré langue officielle. Une initiative qui n’a pas fonctionné comme le témoigne l’histoire, mais impensable aujourd’hui.

Être Canadien, c’est être fier de parler et de vivre en français.

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Sans entrer dans les détails et les opinions, nous pouvons simplement mentionner que le Président américain actuel met complètement devant la scène la grande différence entre les Canadiens et les Américains. Il n’est pas le seul à l’avoir fait, et déjà par le passé, il eut des relations fort agréables et d’autres forts tendus entre les dirigeants du Canada et des États-Unis, mais le président actuel est celui qui le fait de façon encore plus explicite. Le Président actuel, à l’instar les empereurs d’une autre époque, utilise tous les moyens afin d’arriver à ses fins, avec une brutalité rarement vue en diplomatie moderne. Il est direct agressif, et frontal. Il témoigne d’une volonté d’un certain nombre de ses citoyens de négocier dans un mode « perdant-gagnant » en utilisant la force brute, violente, afin d’imposer les règles du plus fort. La négociation et le compromis sont rarement un élément clé de la fin dans ce type de conflits menés de cette façon. Le conflit se termine souvent par un clan qui abdique et un autre qui gagne… Jusqu’à la prochaine bataille, ou cette fois, le clan qui a perdu cherche à gagner coute que coute… Il en résulte des instabilités, et certainement des conséquences négatives pour l’ensemble de l’environnement économiques et diplomatiques.

L’histoire canadienne s’est aussi bâtie dans le feu et le sang. Que ce soit les batailles avec les autochtones ou les batailles politiques entre les francophones et les anglophones. L’histoire canadienne a aussi gouté à ces méthodes brutales, plus particulièrement pendant la période d’occupation britannique, ou des villages et des milliers de résistants sont morts suite à ces méthodes impériales de l’époque.note 3note 4

Mais depuis la Confédération, le Canada est devenu un pays symbolisant la négociation, la discussion et la médiation.    Étant constamment une nation plus petite, avec peu de moyens, le Canada n’a pas eu le choix de « créer des alliances » et d’apprendre non pas à imposer ses vues, mais de les négocier, de créer une zone de compromis. Depuis 1812, aucun conflit majeur ne s’est joué sur les terres canadiennes. Peu de pays peuvent en dire autant. En fait, la plupart des ententes canadiennes que ce soit interne au Canada ou avec les autres pays, le Canada a rarement tenu le rôle du méchant, mais celui du médiateur. Que ce soit lors de la Conférence de Québec de 1943 et 1944 ou les alliés ont mis les bases de l’organisation politique de l’Europe d’après-guerre, la contribution de Lester B. Person, le créateur du concept des Casques bleus lors de la crise du canal de Suez, les recherches pendant la guerre froide, que la contribution de la Conférence du G7 à Charlevoix, largement médiatisé, le Canada a toujours joué le rôle d’entremetteur, le concept même du gagnant-gagnant. La méthode canadienne doit fonctionner quelque part. note 5note 6

On raconte que lors des conflits entre les Premières Nations, bien avant l’arrivée des Européens, les Amérindiens avaient fondamentalement ces valeurs de négociations et de médiations. Tout au long de l’histoire du Canada et par extension, celle du Québec, les Premières Nations ont laissé une trace importante dans nos politiques et nos mœurs. Le film documentaire « L’Empreinte » est magnifique en ce sens. Retournant dans l’histoire, ce film permet ce retour vers le passé et témoigne de l’héritage amérindien sur nos vies. Lorsque l’on y pense, nous avons tous un ou des ancêtres amérindiens. Il est donc normal que leur présence se fasse sentir dans nos vies modernes.

Être Canadien, c’est aussi être fier d’être amérindien.

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Mais cette propension à la négociation, à la médiation et la recherche du gagnant-gagnant apporte aussi son lot de critiques. En fait, pour certain, il peut paraitre « faible ». Oui certainement pour l’image. Il est vrai que pour une nation qui aime les « héros explosifs », présenter l’image d’un négociateur qui cherche non pas à établir un pouvoir de force ou une domination, la négociation est beaucoup plus complexe. Elle demande du tact, de la délicatesse, de l’écoute et surtout une véritable volonté de trouver un accord. Vouloir trouver un accord, ne veut pas dire s’oublier, cela veut simplement dire que pour travailler ensemble, et faut se parler et se respecter. Le respect implique une dignité, une hauteur d’esprit, c’est être un gentlemen (et gentlewomen !?!) dans tout ce que l’on fait. C’est d’être digne de sa parole, la respecter et la tenir.

Depuis 1867, le Canada a accueilli les peuples à travers le monde. Il eut plus de 30 vagues migratoires importantes au Canada, issu de partout à travers le monde. À vrai dire, chaque période trouble a apporté son nombre d’immigrants. Les Français du début de la colonisation fuyaient les structures étouffantes de la métropole. Plus tard, les Écossais, les Irlandais, les Allemands, les Italiens, les Ukrainiens, les Vietnamiens et plus récemment les peuples d’Afrique du Nord, des Antilles, du Moyen-Orient, d’Arménie, d’Afrique noire, d’Inde et de Chine sont venus par vagues successives enrichir la culture canadienne. Le Canada est le caléidoscope de nations qui permet à tous de s’émanciper et de vivre dans ce pays plus grand que nature. Un pays ou ceux qui le veulent peuvent contribuer à se bâtir une vie. note 7

Ces personnes issues de leur monde ont cherché ici un coin, et ont contribué à garantir cette valeur. Dans ce grand pays, trop grand pays, nous avons besoin de bras, de têtes et d’esprit pour maintenir ce niveau de production. Nous vivons une période ou les prochaines crises politiques ne seront pas de créer de nouveaux emplois, mais de combler celles que nous avons. Le Canada moderne n’est plus uniquement des Tremblay et Smith, mais McDonald, O’Connors, Tran, Nguyen, Khalil, Markov, Jean, Koujoubidjan, Nanguy et bien d’autres. Aujourd’hui, le Canada n’est plus uniquement les francophones et les anglophones. C’est une nation multiple, avec des cultures multiples qui vivent dans une certaine harmonie, ou la médiation et la négociation et le “vivre ensemble” devient la règle principale ! note 8

Être Canadien, c’est aussi être un citoyen du monde

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Finalement, cette année fut pour moi une année ou j’ai assumé ma différence avec le voisin américain. Une différence qui va bien au-delà de la langue, mais qui est au niveau des valeurs profondes. Que cette propension à l’écoute et l’entente et la négociation ne font pas de nous des êtres faibles, mais au contraire, des gens plus forts. Car la négociation permet d’aller ensemble plus loin. Le leadership, c’est savoir écouter les autres, et donner le goût aux autres de suivre cette voie que nous traçons devant. Ce leadership intelligent peut gagner sur l’agressivité et les instruments de forces. Il est possible de continuer dans un cycle de gagnant-gagnant. C’est un leadership durable, qui inspirent les humains à aller plus loin, qui donne espoir dans la réussite collective, qui ultimement permet de bâtir un monde meilleur. Finalement, être un humaniste canadien, c’est noble, et viable. Et il est possible de rêver d’un monde meilleur ensemble, sans vivre dans un monde des “bisounours”

Car l’histoire nous l’a montré, tous les hommes, toutes les nations, tous les empires qui se sentaient au-dessus de tout, qui devaient durer 1000 ans, ou pas, que ce soit dans l’histoire ancienne ou moderne, finissent toujours par tomber. Et lorsqu’ils tombent, l’histoire en garde une blessure peu enviable.

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Quelles est la leçon de l’histoire?  Voici les recommandations du jour!

  1.  Profitez du bon temps, et soyez vous même.  Prenez ce temps afin de vous regarder dans la glace, et regarder qui vous êtes vraiment.  Les vacances sont un bon temps pour vous regarder véritablement, sans filtre, et sans « soucis de performance ».
  2. Tenter d’assumez cette personne, avec ses forces et ses limites.  Prenez quelques minutes pour vos dire que ce que vous faites est bien!
  3. Assurez vous maintenant que vous êtes la meilleure personne possible avec ces forces.  Réfléchissez afin de trouver les moyens pour poussez ces forces afin qu’elle deviennent vos meilleurs atouts.
  4. Vous ferez cela… mais après vos vacances   Pour le moment, il faut reposer la machine!

Donc, je vous souhaite de passer de belles vacances, loin de ces préoccupations, et vivez à plein votre humanité. On se revoit donc à l’automne avec une passion pour l’humain renouvelé.

Bon été, tout le monde

Ciao ciao

Stephane

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