Le remède est dans le poisson!

Le marché subit une pression importante. Les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous, ce qui occasionne souvent de profonds questionnements sur le fonctionnement même de notre entreprise et sur sa raison d’être. Le remède est probablement dans le poisson!

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Je me retrouve un soir assez tard dans le salon du petit appartement que je loue mensuellement à Paris. Je rencontre tous les mois mes coachés français, ce qui me donne l’occasion de découvrir cette riche culture. Car nous croyons que le contact et la rencontre entre deux humains sont essentiels, en particulier lors de nos sessions de coaching. Donc, ce soir-là, après une longue journée, j’allume la télévision et je tombe sur une émission qui a inspiré cette chronique…

C’est l’un des reportages de la série Thalassa, qui raconte les périples d’un navire-usine français, le Lafayette, qui sillonne les mers à la recherche de poissons pendant plus de huit mois par année. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que ce bateau n’est pas un banal bateau de pêche, c’est véritablement une usine flottante. Près de 320 personnes y travaillent, y mangent, y vivent, et ce, dans des espaces des plus exigus, sans aucun moyen de partir. Ces hommes et ces femmes quittent leurs familles pour ce long périple. Pendant ce temps, le poisson est repéré, pêché, traité, dépecé, empaqueté et gelé. Lorsque le bateau arrive à quai, la cale est remplie de boîtes de carton de poissons congelés, prêts à être distribués dans les entrepôts sur terre. Un monde fascinant!

Mais, la pêche n’est pas aussi bonne qu’autrefois. Et les poissons sont beaucoup plus rares que par le passé. Et comme les poissons ne sont pas au rendez-vous, le navire-usine est au ralenti et les hommes et femmes commencent à tourner en rond dans ce petit espace. De plus, les gens sur le bateau sont rémunérés en fonction de la pêche totale, donc d’après les profits que rapportera la pêche. Donc, moins de poissons veut aussi dire une paye moins grande pour le même travail. Moins grande que prévu, et souvent moins importante que les années passées…

Au début, les accrochages sont sans conséquence et tous pardonnent dans une atmosphère bon enfant. Tous se disent que ça passera, les bancs de poissons ne sont pas nécessairement aux mêmes endroits et puis après tout, une journée ou deux de congé sont les bienvenues. Ils ont tellement travaillé fort lors des jours où la pêche était bonne que prendre quelques jours de repos ne fera de mal à personne.

Mais comme les jours et bientôt les semaines passent, le moral descend. On trouve du poisson, mais jamais suffisamment pour que l’usine roule à plein régime. Les gens travaillent, mais au lieu de faire des journées complètes, ils sont occupés des demi-journées au début, puis plus du tout. Les tensions montent. Les moindres accrochages deviennent des conflits, les mots deviennent des coups. Ce qui était un détail insignifiant lorsque l’usine fonctionnait à plein régime devient maintenant un problème majeur. Les opposants se cristallisent en groupes. Des groupes se forment demandant des comptes aux autres groupes pour le moindre détail ou la moindre insécurité. Ils veulent changer l’itinéraire, revoir la course, revoir le processus de la pêche. Certains disent : « il faut se réinventer, oublier les poissons, revenir au port et changer de bateau ». D’autres disent : « non, il faut garder les mêmes poissons, mais nous devons changer quelques détails et les poissons viendront ». D’autres encore veulent mettre à la porte le capitaine et ses adjoints pour mettre leurs chefs à la place. Les égos s’entredéchirent, les chefs qui jadis encourageaient leurs troupes se retrouvent alors eux-mêmes découragés et se retirent des discussions, ou pire, y prennent part en encourageant la révolte.

Où est le capitaine pendant ce temps?

Le capitaine est à la barre… L’air soucieux, mais confiant. Il reçoit les commentaires par ses adjoints et se tient au courant. Il descend régulièrement voir les troupes pour les encourager. Il écoute personnellement les chefs des différents groupes, afin de bien comprendre les changements proposés. Il encourage tout le monde, il assume et il prend les décisions. Il a écouté, et changé de cap, sans nécessairement faire marche arrière. Résolument orienté vers l’avant. Lorsqu’il descend, c’est pour encourager les troupes, gardant une distance émotive avec les tensions qui s’organisent. Mais malgré cela, les tensions sont au maximum.

Lors du reportage, le journaliste a posé la question directement au capitaine.

« Capitaine, vous savez sûrement que rien ne va plus, en bas dans l’usine. Que ferez-vous pour remédier à la situation? »

Le capitaine, ne quittant pas la mer des yeux, lui a répondu : « au point où nous en sommes, le seul remède est le poisson ». Le journaliste paru troublé. « Que voulez-vous dire? »

« Avec le temps et l’expérience, j’ai souvent vu ce genre de situation. Par contre, je dois avouer qu’aujourd’hui, c’est la situation la plus grave que nous avons vécue, car il y a moins de poissons dans la mer. Et malgré toutes les restructurations que nous pouvons faire dans notre usine, malgré tous les changements, et même si on décidait de revenir, au fond, le véritable remède est le poisson. Seul le poisson nourrira les estomacs, augmentera leurs payes et occupera leurs esprits et leurs bras. Si l’usine marche à plein régime, nous aurons plus de travail et les frustrations, même si elles seront toujours présentes, auront beaucoup moins d’impact. Alors, ma priorité est de trouver ce poisson le plus tôt possible avant qu’il ne soit trop tard. »

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Lorsque j’observe ce que le marché et nos dirigeants nous racontent, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle entre nous et ce navire-usine naviguant sur les mers du Nord. Les situations, les sources de conflits, les tensions, les conversations de corridors, les rumeurs et les murs qui parlent sont tellement criants de parallèle que les paroles du capitaine résonnent dans ma tête.

Ce capitaine, à la barre de son navire, était confiant, mais à l’écran, nous sentions que derrière ce visage rassurant, il y avait un doute, le doute de ne pas réussir, le doute de ne pas remplir sa cale et nourrir ses hommes, le doute de l’échec et le doute d’être celui qui rentrera au port la cale vide. Mais devant ses hommes, il inspirait la confiance. Pas une confiance exagérée, mais une confiance réaliste. Exprimant que les défis étaient nombreux et que la réussite n’était pas certaine, mais il était à la barre, et ce presque 24 heures sur 24. Et il avait bien compris qu’au point où il était maintenant, IL DEVAIT trouver du poisson.

Certains dirigeants se retrouvent dans cette situation, où la réalité des affaires les frappe en pleine face. La pression des résultats à court terme et du rendement de l’action trimestriellement a souvent poussé les entreprises à ratisser tellement large qu’aujourd’hui les bancs de poissons sont beaucoup plus rares, les ventes plus faibles et les marges de plus en plus minces. Souvent, lorsque les revenus ne sont pas là, on se retourne vers nous-mêmes, chaque personne protège maintenant son petit territoire, les gens pensent avant tout à leur nombril et à leur survie. Et comme le système exige toujours plus, le cercle infernal continue. Alors que fait-on?

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Comme j’aimerais vous dire : « faites ceci et cela et vous aurez inévitablement du succès… » Malheureusement, je n’ai pas la réponse. Mais une chose est certaine, c’est que j’ai bien retenu l’image de ce capitaine à la barre. Il a dit : « il faut avant tout trouver le poisson… » Et une fois que le poisson sera là, nous pourrons revoir notre fonctionnement.

Cherchez ces nouveaux poissons qui pourront faire marcher votre navire-usine suffisamment pour occuper vos gens et surtout les nourrir. Car au final, tant que les gens ont faim et tournent en rond, les charges émotives sont beaucoup trop fortes et les solutions à court terme sont souvent favorisées.

Observez le marché comme on observe la mer. Regardez les vagues et les mouettes, qui annoncent de nouveaux bancs de poissons. Regardez les éléments qui déclenchent de nouvelles opportunités. Écoutez vos clients et vos partenaires potentiels, soyez près d’eux afin de comprendre ce qu’ils vivent et ainsi vous ne serez plus un « mal nécessaire », mais un véritable allié dans leur développement. Montez sur le pont de votre bateau et quittez la salle des machines. Cessez de retourner mille fois vos processus et sortez rencontrer vos clients et partenaires potentiels. Regardez vers l’avenir et non pas vers le fond, vers le passé. Et bien sûr, priorisez la recherche de nouveaux clients, mais pas à tout prix.

Faites-le intelligemment et bien sûr pour la survie à court terme, mais surtout à moyen et long terme. C’est votre seule voie d’avenir. Car autrement, inévitablement, votre cale sera vide, et inévitablement, votre navire-usine sera beaucoup trop gros pour les pêches futures.

Le remède est dans le poisson !

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