Vous êtes débordé? Quelle est la vitesse de votre cerveau?

Par Stephane Deslauriers

Vous travaillez trop et vous êtes débordé ! Certainement ! 

Mais avez-vous pris le temps de comprendre pourquoi ? Avez-vous pris le temps de réfléchir ? Quel système cognitif utilisez-vous ?

« Je n’ai pas le temps », vous direz !

C’est bien évident !

« Mais lorsque les choses ralentiront, je vais m’y mettre promis », vous répondrez.

Croyez-vous vraiment que les choses ralentiront et que vous pourrez prendre le temps de réfléchir ? Certainement pas !

Donc, je vous invite à prendre quelques minutes maintenant et de vous arrêter pour comprendre. Comprendre ce qui se passe afin d’améliorer votre vie un peu. Allez donc vous chercher un café et discutons ensemble OK ?

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L’économie a repris de plus belle depuis les derniers mois, voire la dernière année. Un peu partout dans le monde, les perspectives économiques sont au vert. Le Canada a connu une des plus belles croissances économiques du G8 avec 3,1 % et la France à des perspectives fort intéressantes pour 2018 de près de 2 %. Le taux de chômage n’a jamais été si bas, et ce depuis des décennies. En fait, tant en France qu’au Canada, on se rapproche de plus en plus du niveau de « chômage structurel » c’est à dire, le niveau de chômage minimal que peut atteindre un pays. De bonnes nouvelles en soient, car si nous nous remettons dans le contexte d’il y a dix ans, alors que la plus grande crise économique faisait rage depuis le grand crash de 2008, il est facile de voir que ces éléments sont fort positifs.

« Je vais laisser la lecture ici, je n’ai pas le temps, je dois faire autre chose. 

Et au fond ça sert à quoi de savoir tout cela ? Moi je suis bien loin de ces éléments macroéconomiques. Ce qui m’intéresse est de finir ma tâche maintenant. »

On ne peut pas changer ce que l’on ne comprend pas. Donnez-moi encore quelques minutes s’il vous plait.

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Cependant, qui dit surchauffe de l’industrie, dit aussi de nombreuses difficultés de production et aussi, un changement de paradigme dans les relations intergénérationnelles. Les ressources, les talents, se retrouvent maintenant de plus en plus rares. Les « baby-boomers », ces travailleurs acharnés ont remis la main aux générations suivantes. Ils profitent pour plusieurs d’une retraite bien méritée après des années de pression ou d’autres se cherchent une nouvelle mission. Nous ne laisserons pas les boomers longtemps sans stimulation ; ils ont besoin de cette adrénaline.

Les « X » ont repris les rênes, mais avec des perspectives différentes d’il y a 10 ans. Jadis les  X  compensaient , la perte de productivité des baby-boomers et des milléniaux. Ils travaillaient toujours plus fort pour faire le pont entre ces deux générations exigeantes (les boomers et les milléniaux) en demande et en expressions de leurs besoins. Aujourd’hui, les « X » naviguent tant bien que mal à garder un certain équilibre de vie, souvent en silence et dans l’ombre. Ils ont appris en revanche à s’affirmer plus, et dire « non ça suffit ». Ils se mettent aux « grandes réformes » faisant leur place sur l’échiquier quelques fois brutalement.  Ils n’ont pas de temps à perdre, ça fait assez longtemps qu’ils attendent!.

Et finalement, les « milléniaux », qui ont maintenant vieilli, se retrouvent avec les choix reliés à la gestion et du management. Fini l’époque où c’était la responsabilité des autres de mettre un cadre favorable à l’estime de soi. C’est maintenant à eux de prendre leurs responsabilités et de se prendre en main. Apprendre à vivre dans un monde « stressant ».  Ils apprennent ce que c’est d’être « responsable » et d’avoir des responsabilités lourdes de conséquences à porter, et de faire des choix déchirants.

Dans cette équation les « Z » commencent doucement à faire leur place, la génération connectée oui bien sûr, mais surtout nécessitante d’attention et de structure, exigeante, autant que l’ont été les milléniaux avant. En fait, dans les métiers comme les nôtres, ou les femmes et les hommes font la différence, la mouvance des ressources est au cœur du prochain cycle.

Vous vous reconnaissez dans l’une de ces situations ? Est-ce que ce changement de monde vous affecte ? Vous avez de la difficulté à recruter des talents impliqués, dynamiques et engagés ? Ou pire, vous vous sentez pris entre les feux à éteindre, les demandes des clients, les rôles de professionnels, de parents, de conjoint/conjointe ?

« Oui oui, mais ça change quoi pour moi , je le sais bien ce qui cloche… C’est la vie  qui est comme cela.  Ou tu veux en venir… »

Attendez un peu encore quelques minutes…

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Ce Nouveau Monde est aussi celui du bruit. Nous sommes dans un monde bruyant ou la technologie nous force toujours à aller plus vite, quitte à prendre de mauvaises décisions. Nous avons dans nos poches un appareil qui nous permet de toucher, et d’échanger à plus de gens et de personnes que vos grands-parents durant toute leur vie. Vous avez que ce soit virtuellement et réellement, visité plus de pays et plus de cultures que toutes les autres générations de personnes avant vous. Nous sommes dans ce monde extraordinaire qui nous ouvre toutes les portes vers le présent, mais aussi vers le futur. Nous sommes à l’époque de la « digitalisation », du « big data », « big learning », du « block chain » et de l’ «IA »  Tout une quantité de concept qui sont à nos portes, qui modifierons nos façons de faire, nos métiers, nos réflexions, l’expression même de la valeur de ce que nous offrons à nos clients. Ainsi, nous sommes dans un monde ou tout va très, voir trop vite. Un peu trop vite pour notre propre cerveau qui lui n’en demande pas autant.

Notre cerveau est constamment sollicité, et constamment stimulé, ce qui crée une quantité de comportements rapide, et lié au « système 1 » selon la théorie de Daniel Kahneman, prix Nobel de l’économie 2002, soit des réactions rapides et efficaces, nécessitant peu d’attention. C’est ce qui est merveilleux avec notre cerveau, c’est qu’il est « presque capable » d’être « multitâches » grâce au système 1. C’est lui qui nous permet de faire deux, voire trois choses en même temps, et de prendre des décisions au quotidien dans ce monde bruyant et constamment sollicité. Mais cette grande force créa aussi des revers, des inconvénients qui peuvent être parfois graves. Il fait des « raccourcis cognitifs » qui peuvent quelques fois arriver vers des décisions erronées ; des biais cognitifs.

Voici un exemple de biais cognitif très simple:

J’ai trois stylos dans ma poche

Le premier est bleu

Le second est bleu

Quelle est la couleur du troisième ?

Si vous avez répondu « bleu », c’est que vous réfléchissez avec votre système 1.

La vraie réponse est « on ne sait pas », car rien ne nous indique qu’il est bleu. Il peut être de n’importe quelle couleur.

Ce qui nous amène à notre « système 2 » de réflexion selon Kahneman. Le système deux est beaucoup plus, lent, plus réfléchi, et prend le temps de bien comprendre ce qui se passe avant de prendre une décision. Et la décision est souvent plus réfléchie, plus soutenue, et comprend divers éléments qui ont été pris en compte. Le truc avec le système 2 est qu’il est beaucoup plus « énergivore » pour le cerveau, et nécessite une plus grande concentration et plus de temps. Et finalement, le système 2 prend une tache à la fois, et se concentre sur un sujet à la fois. Il ne peut pas traiter les sujets importants avec le même effort.

« OK je commence à comprendre. Si vous me faites ce chemin, c’est que doucement vous tentez de me faire comprendre quelque chose qui se cache derrière les mots ? » 

Ce que j’essaie de faire est de mettre en marche votre « système 2 » et de prendre le temps d’analyser votre propre organisation du temps. De prendre le temps de vous concentrer sur votre organisation du travail afin de vous poser les bonnes questions.

***

En tant que professionnel, nous sommes dans un métier ou la liste de choses à faire sera toujours plus grande que le temps disponible pour le faire. En fait, nous en avons toujours plus de tâches, de rôle et de responsabilité. C’est par la faute à l’économie qui va plus vite, les opportunités qui fusent, les générations qui changent, les employés qui quittent, ceux qui restent et qui ne travaillent pas, la complexité du régulateur, les exigences plus grandes des clients, la technologie qui nous dérange et sollicite notre attention…du réchauffement climatique, de la rotation de la lune et je ne sais quoi de plus. En fait, c’est la faute à tout cela et à rien de cela…  Mais au fond, c’est surtout de « notre propre faute »

« Quoi ! Tu ne peux pas dire cela c’est l’environnement qui me pousse encore plus. Finalement c’est la faute des autres. »

C’est dommage, mais c’est encore votre système 1 qui parle. Et tant que vous prendrez la situation avec votre système 1, vous ne pourrez améliorer votre sort. Alors, posez à votre système 2 ces quelques questions :

  1. Quel est votre « étoile » votre vision, votre objectif ?
  2. Si vous regardez concrètement votre liste de tâche, est-ce que TOUTES les taches que vous faites-vous permettent d’atteindre votre vision ?
  3. Sinon, pourquoi avez-vous ces taches inscrites sur votre liste ? Pourquoi les gardez-vous ? À qui pouvez-vous les transmettre ? Et la réponse « je n’ai pas le choix » n’est pas une bonne réponse. C’est la réponse du système 1.
  4. Si oui, est-ce que votre vision est réalisable dans le délai que vous vous êtes donné ? Est-ce que vous en avez trop ? Et la réponse « je n’ai pas le choix » est toujours la mauvaise réponse.
  5. Comment pouvez-vous revoir votre organisation du travail afin d’atteindre votre vision ? Et finalement « je ne peux pas, je n’ai pas le choix » n’est pas la bonne réponse non plus.

En fait, ces questions n’ont qu’un seul but, lequel croyez-vous?  Celui de vous donner du « CONTRÔLE » sur votre vie. Car, ce manque de contrôle résulte alors que vous voguez constamment sur la mer des imprévus de la vie, sans jamais véritablement choisir votre cap.  Vous vous laisser pousser par les vagues, le courant et les vents, et votre pauvre voilier est brassé dans tous les sens. Et tant que vous laisserez votre « système 1 » prendre les décisions, sans fixer un cap, vous ne pourrez vous sortir du courant.

***

Vous travaillez trop, certainement. Mais lorsque votre système 2 aura pris le contrôle, vous ne vous sentirez plus débordé.

Vous verrez un peu mieux devant vous, et vous pourrez vous guider vers « votre étoile ». Et peut-être ferez-vous les choses autrement, et si vous travaillez autant, vous travaillerez différemment, avec une vision précise en tête ? C’est meilleur pour la santé et la productivité ! 

Prenez quelques minutes pour y penser…

Maintenant au travail, remettez votre système 1 en marche. Il faut produire maintenant !!

Stéphane

Note:  Kahneman, Daniel-  Système 1/Système 2 Les deux vitesses de la pensée, 2012

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