Ce que l’Asie m’a appris – Trois leçons

Je commence ce texte par m’excuser de vous avoir laissé si longtemps sans texte, ou sans réflexion.  Car comme beaucoup d’entre vous le savent, j’ai eu la chance extraordinaire de faire une pause dans ma vie, une vraie pause comme on n’a pas souvent l’occasion de le faire, une pause ou j’ai pu mettre ma vie de côté afin de réaliser un rêve, un rêve que je chérissais depuis si longtemps.

Partir en voyage en solitaire, explorer le monde, explorer les personnes d’ailleurs, et de vivre dans leur quotidien, assez longtemps, pour passer du stade du touriste, à celui de voyageur du monde.  

En ce sens, j’ai créé un blogue de réflexion dédié au voyage, que vous pourrez consulter si le cœur vous en dit, celui du Voyageur des Âmes.  Dans ce blogue vraiment personnel, je me suis permis d’y écrire véritablement, jour après jour, mes réflexions et mes découvertes.  Bien sûr, ce blogue, tout personnel est disponible sur le web, et vous le trouverez à l’adresse www.levoyageurdesames.com.

le site du Voyageur des Âmes

Ce blogue vivra aussi au fil des prochains voyages, des prochaines étapes de ce tour de monde que j’amorce pour les 10 prochaines années, tout en maintenant une vie familiale et professionnelle.  Un défi en soit, mais, ceux qui me connaissent le savent « j’ai un plan pour rendre la chose possible ». 

Mais le voyage est maintenant terminé depuis 6 mois, et je voulais prendre le temps de bien redescendre de cette expérience unique afin de vous écrire aujourd’hui.  Il est difficile d’expliquer cette expérience dans le détail, de vous décrire les expériences uniques et fantastiques, les paysages à couper le souffle, en quelques lignes.  Mais 6 mois plus tard, il reste des grandes leçons qui me portent aujourd’hui, qui me redonnent une nouvelle énergie que je partage avec vous.  En ce sens, voici les quelques réflexions du jour.

Le regard que l’on porte apporte le bonheur

Depuis de nombreuses années, je suis convaincu que c’est notre attitude qui fait la véritablement différence, la paire de lunettes que l’on porte lorsque l’on regarde les situations qui influent définitivement sur notre vie.  Mais de vivre avec ces gens au Vietnam, au Cambodge ou au Myanmar, m’a confirmé encore plus que ce regard est aussi la source du bonheur.  Car, pour y avoir vécu, pour avoir mangé dans leurs assiettes, dormi dans leur lit, vécu dans leur village, j’ai senti une véritable joie de vivre, un positivisme dur à décrire.  Car au regard des Occidentaux, ils ont souvent la moitié de ce que nous considérons essentiel pour notre vie.  

Par exemple, au Myanmar, l’internet n’est disponible que depuis 2 ans, et la télévision 10 ans.  Dans le nord-ouest du Myanmar, je me suis retrouvé, sans m’en rendre compte, à moins de 10 km des combats… Pourtant, la vie paisible de ce village de Mrauk U, la vie heureuse se déroule lentement, dans une insouciance difficile à comprendre pour nous.

Au nord du Vietnam, j’ai vécu dans un village ou l’électricité est fournie grâce à une génératrice quelques heures par jour, mais dans des pistes peu accessibles, les enfants y courent dans les rizières et les parents travaillent dur, mais ont une véritable joie de vivre.

Au Cambodge, ce pays qui a vécu tant de misère et de brisures, les Khmers reconstruisent leur vie, à coup d’effort et de longues heures.  Ils ne comptent pas les heures, et le silo entre la vie pro et perso n’existe pas.

Partout en Asie, la boutique, la société, l’usine, la ferme sont leur raison de vivre.  Ils y vivent tous simplement.  C’est leur vie et ils acceptent cette réalité.  Pour eux, travailler n’est pas une tare, et en fait, ils ne se voient pas arrêter de travailler, mais ils veulent apprendre , apprendre à être meilleurs, pas arrêter.

Tous ces gens, une chose est commune; ils sont fondamentalement heureux.  Oui heureux, dans un contexte où notre regard d’Occidentaux ferait de nous des malheureux. Pour eux, le monde vient de s’ouvrir, et ils y voient des milliers, voire des millions d’opportunités.  Ils embrassent le futur, comme on embrasse un paradis.  Ils y voient ce qu’il y a de mieux, et ils sont fondamentalement positifs.  Ce positivisme apporte un vent de fraicheur, un espoir vers l’avenir, un goût d’aller plus loin.

La passion du travail

Je l’ai dit plus tôt, les Asiatiques que j’ai rencontrés ne voient pas la distinction entre la vie du travail et la vie personnelle.  Le travail est une raison de vivre.  Et ceci leur apporte une énergie que l’on ne voit pas souvent en occident.  Le travail est beaucoup plus qu’un job pour eux, c’est une raison de vivre, une raison de s’exprimer, une raison d’exister. Justement, ils mettent l’énergie qu’il faut pour que les choses se fassent.  Oui j’ai rencontré des gens qui veulent moins travailler, travailler moins dur, mais au final, pour eux travailler c’est réussir, c’est accomplir quelque chose de leur vie, c’est aller plus loin, plus grand, et réaliser ses rêves.

Quelques fois, j’ai l’impression qu’en occident, nous avons trop vu de film ou des séries ou les fortunes apparaissent par magie, comme on gagne au loto.  Trop d’Occidentaux cherchent LA FORMULE pour faire de l’argent rapidement et sans effort. Comme je le dis souvent en conférence, les livres tels que « comment devenir millionnaires » ou « comment travailler 4 heures par semaines » ne sont que des miroirs aux alouettes. Ils bercent l’illusion que l’on peut réussir sans effort, avec une bonne idée.  Et à force de chercher cette bonne idée, on oublie qu’il faut la construire, y mettre du « jus de bras et de la sueur » pour que cela fonctionne. Et malheureusement, nous devenons de plus en plus fainéants, et cherchons le raccourci qui nous permettra de monter les échelles facilement.  Comme le dit le président de Deloitte Monde, Punit Rengen, « il n’y a pas de raccourci au travail ».  Réussir c’est travailler fort, même avec une bonne idée.

Et s’il y a quelque chose que j’ai compris, c’est que cet esprit du travail intense, est resté en grande partie dans les endroits où j’ai été en Asie.  Le travail est valorisé et favorisé.

Ceci étant dit, comme partout ailleurs, il y a aussi des plus jeunes qui s’occidentalise, et qui commence à rêver de ce monde de « Walt Disney » ou tous le monde réussi, assis sur son canapé, ou dans les cafés entre amis en espérant que la fortune leur tombe du ciel.  Mais, sur le terrain, j’ai vu que cette couche est encore marginale.

Ce n’est pas mal de gagner de l’argent

En Asie, l’argent n’est pas tabou, au contraire, il est la démonstration de la réussite.  En discutant avec de nombreux religieux, dont des moines bouddhistes, ou des pratiquants du confucianisme, j’ai tenté de comprendre pourquoi cet attrait de l’argent est si marqué en Asie.  Toutes les explications se valent, et je crois que c’est un ensemble de facteurs. Mais le facteur de l’impact de la religion en est certainement un.

Je ne vous ferai pas une description complète de ces courants religieux, que je vous invite à explorer, mais disons simplement que là-bas, ils n’ont pas grandi sous la sacro-sainte religion catholique, ou être riche et puissant est source de convoitise, voire de péchés.  On le sait bien, chez les catholiques, pratiquants ou pas, être riche et puissant apporte la suspicion.  On devient vite jaloux, et plusieurs se disent que « ce n’est pas possible d’être riche ou puissant et être bon quand même ».  Chez les bouddhistes et les confucianistes, exit la culpabilité à répétition avec le joug du péché et de l’enfer.  En fait, il n’y a pas d’enfer véritablement.  Nous sommes dans un monde de transit.  Et lorsque nous sommes morts, nous sommes en transit.  Donc, durant notre temps ici, vaut mieux bien vivre, gagner de l’argent et faire vivre la famille.  Et plus il y a d’argent, meilleures seront les conditions.

Cette relation avec l’argent comme outil de bonheur apporte aussi des comportements et des attitudes qui sont pour nous occidentaux, assez complexe à comprendre.  Là-bas, tout s’achète ou se vend.  Mais quand je dis tout, c’est tout.  Les anniversaires, les relations amoureuses, les cadeaux.  Les cadeaux sont un témoignage d’amour.  Pas d’argent, pas d’affection, pas d’amour…

Par exemple, je me suis retrouvé au détour d’une petite rue d’Hô Chi Minh dans une fête d’anniversaire.  La musique, le karaoké résonnait à plein dans cette petite rue à 15h00 de l’après-midi, ou visiblement, les personnes faisaient la fête depuis un bout de temps.  Je me retrouve avec eux pour chanter et boire une bière au passage.  Un véritable bonheur.  Mais du coin des yeux, dès que je me suis assis, un ami du fêté a refilé un billet à celui dont c’était l’anniversaire afin de payer mes consommations. Au moment, je n’ai pas compris ce qui se passait.  Après quelques bières, j’ai quitté la fête, heureux, avec ce groupe qui ne parlait ni anglais ni français. Le lendemain, j’en ai parlé avec mon ami vietnamien Dat qui m’a expliqué que même si j’ai été invité, et que je n’ai pris que deux bières, il était de mise que quelqu’un rembourse le l’hôte pour ce que j’ai pris…. 

Autre principe, c’est que l’équité prime sur l’égalité en ce qui a trait des questions financières.  Là-bas, il y a très peu de prix fixe.  Les prix sont établis en fonction de la capacité de payer des gens. Tout se régularise non pas par les impôts, mais dans le quotidien.  J’ai rencontré une quantité d’occidentaux râler parce qu’ils payaient plus cher un truc que le local du coin.  Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que de leur principe, par définition, un Occidental en Asie est plus riche, et cela s’applique aussi.  

J’ai eu l’occasion de discuter avec une personne bien nantie à Hô Chi Minh qui m’a expliqué que pour elle c’était la même chose. Oui elle et son mari faisaient plus d’argent de la moyenne, mais il était juste normal qu’elle redistribue. J’ai vu des gens faire vivre un village complet par des dons des plus nantis.  En fait, bien qu’il n’y a peu près pas d’impôts, la fortune se régularise de cette façon.

Encore une fois, oui il y a des dérives, oui il y a des ultras riches qui s’enrichissent, mais de ce fait, ils ne sont pas tellement différents de nous.  Ils le font simplement plus ouvertement.

Donc, cet aspect m’a permis d’assumer tout simplement ce que je fais, et la valeur de mon travail.  De cesser de me « brader » tout simplement parce qu’il y a des pressions sociales à le faire.  Assumons tout simplement que nous sommes dans un monde où l’argent est un outil, et que ce n’est qu’une devise de la valeur d’un service, d’un produit ou plus globalement d’une personne.  

Et finalement

Je commence tout juste à sentir les effets de ce voyage dans le brouhaha de ces derniers 6 mois qui ont débuté sur les chapeaux des roues, dans cette énergie de la rentrée.  Passé le choc de la vie normale, je sens la quintessence de ces apprentissages descendre en moi, et me vois changer lentement mais surement. Ces personnes de l’autre côté du monde arrivent dans nos vies de plus en plus vite.  Et si certains doutent de l’influence asiatique dans nos vies futures, je crois que d’y être, juste assez longtemps pour aller au-delà de l’image et des photos Instagram, ou de préjugés « ethnophobes ».  Vous y verrez plus que des gens, mais un monde qui s’approprie son territoire avec ses valeurs, ses façons de faire, qui influeront plus que certainement sur notre vie occidentale.

Je crois que le mieux est de prendre la vague, et d’apprendre à surfer dessus, plutôt que d’essayer d’y faire barrage. Et les gagnants seront ceux qui réussiront à y être heureux, tout en n’oubliant pas ce qu’ils sont.  

Car la marée sera toujours plus forte que la digue…

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