L’évolution

Par Stéphane Deslauriers

Le 9 novembre dernier, j’ai eu la chance d’animer le colloque annuel des petits et moyens Cabinet de l’ordre de CPA. Un événement fort sympathique et fort intéressant, me permettant de bien sentir l’énergie d’entrepreneur. Mais au-delà de cela, ce fut une belle expérience, me permettant de « sortir de ma zone de confort ». Car la commande était simple, mais combien « challengeant » : celui de surprendre les gens avec un thème qui permettrait de marquer la journée. Et pour ce faire, quoi de mieux que de créer une toute nouvelle présentation, sortant des cadres normaux. La conférence d’ouverture s’appelait « l’évolution et la profession de CPA ». Je partage aujourd’hui le contenu qui, je crois, s’applique à toutes nos professions. Et comme je l’ai dit aux participants, êtes-vous prêts à me suivre dans mon délire ? Si oui, voici la suite !

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Un centimètre qui changea le monde

Il y a 300 millions d’années, le méga continent que nous appelons la « Pangée » c’est séparé en de nombreuses plaques tectoniques grâce de formidables forces géologiques. Cette séparation et la lente dérive des continents ont créé les continents tels que nous les connaissons aujourd’hui.

Il y a 30 millions d’années, l’un des événements géologiques des plus importants a changé pour toujours notre vie d’hominidé ; les plaques tectoniques africaine et somalienne ont amorcé leur lente séparation. Cet ensemble géologique sans précédent est appelé le « Grand Rift ». Cette séparation est lente et progressive. Nous évaluons aujourd’hui que les deux plaques bougent au rythme d’un centimètre par année.

Mais ce qui fait que cet événement a changé notre monde pour toujours est que les anthropologues appellent aussi cette région le « berceau de l’humanité ». En d’autres mots, ce serait dans cette région que la race des « hominidés » serait définitivement apparu, et séparé de nos plus proches cousins au niveau génétique, les Primates. Et en particulier le chimpanzé avec qui nous partageons aujourd’hui plus de 99% des 3 milliards de paires gènes.

Quelque part, dans cette région d’Afrique, les scientifiques ont conclu qu’une espèce avait suffisamment de différence pour ne plus être de la famille des primates, mais passer dans la famille des hominidés. Et bien qu’il y a une quantité de subtilités que je vous ferai grâce aujourd’hui, mais, disons simplement que les scientifiques s’entendent pour séparer les primates des hominidés par la bipédie. En simple, un singe cesse d’être un singe et devenir un Hominidé lorsque le principal moyen de locomotion est la bipédie, soit de marcher sur les deux membres inférieurs.

Mais comment un changement d’un centimètre par année a permis de changer l’avenir de la planète, ou du moins, changer suffisamment les choses pour qu’une espèce devienne celle qui domine maintenant la planète ?

Ce qu’il faut comprendre est qu’avant l’apparition du grand rift, cet espace composé d’une forêt luxuriante, ou la nourriture est en abondances. Cette présence de nourriture a favorisé l’apparition d’une multitude d’espèces de toutes sortes. Car, le pouvoir de la vie est immense. Par instinct, la vie a compris que lorsque l’environnement est favorable, c’est le temps de prendre de l’ampleur et de développer de nouvelles formes, de nouvelles espèces. Comme la nourriture n’est pas limitée, les êtres vivants peuvent développer de nombreuses capacités.

Donc en fait, cette lente séparation des plaques tectonique africaine et somalienne a permis une transformation majeure du paysage. L’apparition d’une chaine de montagnes, et plus particulièrement des montagnes des Virunga et Rwenzori, une vaste chaine de montagnes de plus de 5000 mètres d’altitude, coupant en deux cette gigantesque forêt tropicale, tout en créant le plus grand fleuve d’Afrique le Congo et créant autour de lui des nouveaux écosystèmes, soient un écosystème montagneux, de nouvelles forêts, et finalement la nouvelle savane sèche. Tous ces environnements ont nécessité une nouvelle adaptation pour les espèces vivantes autour, créant ainsi de nouvelles divisions de la vie.

Mais un des éléments qui caractérise les espèces qui se distinguent au fils des millénaires est leur capacité d’adaptation. Une adaptation à leur environnement physique, mais aussi à une adaptation sociale.

À l’ouest du Grand Rift

Avant de parler de notre propre évolution, parlons quelques minutes de notre plus proche parent, le chimpanzé et d’une espèce sœur : le Bonobo.

Ces deux espèces de grand primate sont issues du même ancêtre. Mais cette montagne que les indigènes appellent le « faiseur de pluie » a élargi d’une façon importante le fleuve Congo, divisant ainsi la communauté en deux groupes distincts.  Ce qui est intéressant dans leur histoire, c’est que la division de cette société en deux groupes a empêché les échanges entre les deux groupes. Isolé l’une de l’autre, mais toujours dans un même environnement, on aurait pensé qu’ils auraient évolué de la même façon. Et pourtant non.

Les chimpanzés, tout comme les primates et les humains, est une société complexe avec ses lois, ses façons de faire, ses échanges culturels. En fait c’est une société très complexe. Société patriarcale, les chimpanzés sont caractérisés par une organisation hiérarchique du territoire. Le mâle alpha patrouille le territoire avec ses lieutenants et éloigne tout intrus dans son territoire. La société des chimpanzés est réputée violente et dangereuse. Les actes d’agression sont nombreux, et le chef domine son groupe par la peur et la terreur. Dans un contexte hostile, ces comportements violent et assurent la protection du groupe afin de garantir sa survie. Et de continuer à évoluer.

De leur côté les bonobos, au sud du fleuve Congo, bien que pratiquement identique génétiquement à leurs cousins chimpanzés ont un comportement complètement différent. La société des bonobos est une société matriarcale et est caractérisée par le partage, l’échange et le contact entre les membres du même clan. Les conflits sont traités non pas comme des agressions ou des dangers, mais des aspirations sentimentales.   N’ayant pas à se défendre contre les agresseurs, les femelles ont imposé des lois qui permettent à la famille de développer de nouvelles aptitudes. En fait, peu de danger, donc peu de combats. La hiérarchie est aussi présente, comme dans les sociétés complexes comme celle des humains, chacun à un rôle à jouer et il doit le jouer s’il veut atteindre un statut social lui permettant suffisamment de nourriture pour grandir et assurer sa pérennité.

La différence entre les chimpanzés et les bonobos est notable sociologiquement et génétiquement alors qu’ils sont issus du même environnement physique, et de la même souche génétique. Les chimpanzés ont développé un gène stimulant l’agressivité, un gène qui est absent des bonobos.

Et qui est présent aussi dans le génome humain… Soit dit en passant…

Mais qu’est-ce qui a résulté de cette évolution complètement diamétralement opposée ?

L’une des différences est concentration de la population de l’un ou de l’autre. La population de chimpanzés était beaucoup plus importante que la population des bonobos au sud du Congo. On parle de trois fois plus, sur un territoire encore plus densément peuplé. Donc, une plus grande compétition pour la nourriture.  Mais le changement le plus important vient de la présence d’un autre grand singe. Le Gorille, qui autrefois était beaucoup plus présent qu’aujourd’hui, occupe la partie nord du fleuve Congo. Ainsi, l’une des explications des scientifiques de cette différence entre les chimpanzés et les bonobos est une forme d’adaptation suite à la compétition beaucoup plus forte sur le côté nord du fleuve Congo, que ce soit pour le territoire et la nourriture.

East side story

Mais maintenant, parlons de ce qui s’est passé du côté est du Grand Rift.

Jusqu’à tout récemment, la théorie scientifiquement acceptée était celle de la théorie de la savane, soit l’« East Side Story ». En quelques mots, cette théorie élaborée il y a une cinquantaine d’années disait que l’assèchement des forêts causé par l’apparition du Rwensori avait été un élément essentiel de notre évolution.

Car nous l’avons vu, du côté ouest de la montagne, les forêts tropicales, favorables à la vie ont aussi façonné l’évolution, mais d’une façon très différente. Les espèces se sont adaptées à leur rythme à un environnement changeant, mais toujours avec une source de nourriture et un environnement semblable à ce qui avait déjà. Mais les choses ont été très différentes du côté est.

Ces montagnes ont créé un véritable mur, coupant les nuages et créant des torrents et gonflant le fleuve Congo du côté ouest, mais asséchant l’est. Qui au fil des siècles s’est transformé en savane. Qui dit savane, dit environnement totalement différent. Et c’est dans ce contexte que nos ancêtres ont dû eux aussi s’adapter.

La savane est une vaste étendue de plaine où les arbres sont rares et les herbes très longues. Un environnement particulièrement dangereux pour nos ancêtres qui bien adapté à la vie dans les arbres se retrouvent totalement exposé aux grands prédateurs tels les lions, les hyènes.

De plus la nourriture traditionnelle, soit les fruits dans les arbres sont beaucoup plus rares. Dans ce nouvel environnement hostile, beaucoup sont morts. Mais toujours selon la théorie de la savane, les premiers humains se sont mis debout afin de se déplacer plus rapidement d’un arbre à l’autre au début, de chasser la viande et les petits animaux, libérant les mains et développant de nouveaux outils et se nourrissant de plus en plus de protéine animale.

Et la course de l’évolution a fait son chemin. En ce sens, je vous présente Lucy, Australopithèque celle qui était avant 2009, notre grand-mère de 3,2 millions d’années, retrouvées en 1974 au Kenya. En final, l’environnement hostile, différent à ouvert à une nouvelle espèce une nouvelle voie. La magie de l’évolution et de l’adaptation.

Mais une découverte de 1994 a changé complètement la donne. Un nouveau squelette de 4,4 millions d’années a été retrouvé, Ardipithecus Ramidus, dit « Ardi ». Aujourd’hui, nous croyons qu’Ardi a appris à se tenir debout en grimpant les montagnes nouvelles, et explorant les nouveaux territoires qui venaient de se former. Donc en fait, les « grimpeurs de montagne » ne font que revenir à notre origine…

 

Ardi est aujourd’hui le premier représentant de membre de la famille des hominidés, soit les primates qui se tiennent debout

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Pourquoi je vous parle d’évolution de l’humanité dans un colloque de l’ordre des CPA. ?

Parce que l’environnement force l’évolution…

Nous vivons un changement de l’environnement, mais qui se passe beaucoup plus rapidement que l’évolution, c’est la révolution numérique ? Cette révolution a changé nos façons de travailler, nos façons de vivres, notre vision du monde. Cette révolution technologique, vous la voyez à tous les jours dans votre vie, si ce n’est que le petit appareil que vous avez dans les mains. Mais ce n’est pas uniquement un appareil, c’est tout ce qui tourne autour et les impacts que cette simple technologie apporte. Les distances n’existent pas, le temps n’existe plus, les frontières sont de plus en plus petites. Regardez autour de vous, je suis certain que vous avez parlé à plus de gens au cours du dernier mois que vos grands-parents, visité plus de pays, plus de cultures, que ce soit physiquement ou virtuellement, que vos grands-parents dans toutes leur vie. Nous sommes dans un monde global, qui se rétrécit de plus en plus. Que ce soit une catastrophe, une joie, un dirigeant, nous sommes maintenant en temps réel connecté au monde. Une mer d’information toujours plus grande qui nous submerge. Notre environnement est en pleine mutation, tout comme l’apparition du mont Rwensori, il y a 30 millions d’années. Et je suis certain que vous le vivez tous les jours. Cet environnement changeant créé de nouvelles évolutions. Et sans évolution, nous restons au stade des primates, dans nos forêts tropicales.

Parce que c’est déjà arrivé…

Il y a 65 millions d’années, une météorite a frappé de plein fouet la terre, anéantissant plus de 80% des espèces vivantes sur terre, dont toutes les espèces ayant plus de 25kg. Seuls les mammifères souterrains et les insectes ont survécu à cette extinction massive. Et on l’oublie souvent, il eut précédemment 4 autres extinctions massives des espèces. Et si nous sommes ici, c’est parce qu’un petit animal de 10 cm de long s’est adapté, a évolué, et devient aujourd’hui notre ancêtre commun. Plus récemment, des marques telles que Kodak, Simpson, Eaton, Arthur Anderson, Steinberg, qui fut à leur époque des monuments n’existent plus. En fait, les bouleversements de l’environnement créent des nouveaux champions, ceux qui réussissent en embrasser l’évolution, et d’en faire un succès.

Parce que notre instinct est inscrit dans 99,33% de nos gènes…

L’évolution humaine ne va pas aussi vite que la technologie. Car bien que les outils soient maintenant des milliards de fois plus performants que ceux de nos grands-parents, il reste que nous sommes les descendants d’Ardi, et notre évolution reste un cycle lent. Nous restons des humains qui vivent les mêmes émotions que pouvait vivre Ardi dans sa montagne. Car Ardi, comme toutes les proies qui vivent et grandissent se retrouvaient toujours avec les mêmes besoins, celui d’être en sécurité, de se nourrir, de prendre soin de sa famille afin de garantir la continuité de l’espèce. Et ce, malgré les millions d’années d’évolution, ce code est inscrit dans nos gènes, comme dans les gènes d’Ardi, mais aussi de Lucy, les chimpanzés et les bonobos.

Alors une évolution technologique si rapide nous ramène à notre comportement instinctif ; un mélange de fascination d’excitation vers de nouvelles opportunités. Mais aussi d’autres comportements aussi issus de nos gènes, soit la peur l’insécurise, le changement de paradigme. Cette peur apporte une quantité de comportements qui vient aussi de nos ancêtres, soit le déni (cela n’existe pas, cela ne me concerne pas), le rejet (les autres ne le feront, pas moi) ou plus instinctifs aussi l’agressivité et le combat. Toujours dans un but de survie dans ce nouvel environnement qui devient maintenant hostile. Le monde d’avant n’existe plus…

Parce que l’Homo Sapiens a la capacité de faire des choix et de surpasser ses instincts…

Nous sommes les descendants d’Ardi, mais nous sommes depuis 300 000 ans, des Homo Sapiens, qui veulent dire « homme conscient ». En fait, l’Homo Sapiens est l’espèce de capable de faire abstraction de ses instincts, et d’aller plus loin de ce que ces instincts lui disent. Il est capable de faire des choix, conscients. En fait, il est capable de « choisir ou non d’évoluer ». Alors que les espèces précédentes évoluent par nécessité, les Homo Sapiens peuvent le faire d’une façon consciente et volontaire.

Des choix qui ne sont pas uniquement guidés par notre instinct, mais guidés par des notions beaucoup plus abstraites qui sont la « réalisation et l’estime de soi ». Nous pouvons aujourd’hui décider ou non de nous adapter, décider ou non d’embrasser ce nouvel environnement qui se dresse devant nous. VOUS avez la capacité de FAIRE DES CHOIX CONSCIENTS. Vous décidez aujourd’hui d’évoluer ou non.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parce que vous pouvez choisir l’environnement de votre évolution…

Alors que les chimpanzés et les bonobos se sont adaptés dans un environnement sociologique différent créant ainsi deux communautés distinctes avec des lois différentes, vous pouvez choisir l’environnement dans lequel vous amorcerez votre évolution. Nous l’avons vu, un environnement hostile au changement crée de la violence et de la compétitivité. Alors qu’un environnement calme crée de l’échange et de la communication.

Vous choisissez donc l’environnement dans lequel vous amorcerez ou non votre évolution ; hostile ou favorable ? Quelles sont vos valeurs ?

 

Parce que l’on bâtit naturellement une zone de confort et c’est difficile d’en sortir…

Dans nos instincts de proie, nous avons compris que pour survivre, il fait bâtir autour de nous une zone dans lequel nous nous sentons en sécurité. C’est normal, car une proie qui n’est pas en sécurité se fait manger. Donc, ceux qui crient qu’ils aiment sortir de leur zone de confort n’y sortent pas vraiment en fait. C’est pour eux, cette zone de confort est différente. Ils sont simplement « dopés à l’adrénaline, et sont en sécurité avec cet apport constant d’émotions fortes.

En fait, la zone de confort est un endroit où l’on contrôle l’environnement.

CONTRÔLE = SÉCURITÉ=CONFORT

Donc sortir de sa zone de confort n’est pas facile, car c’est contre instinctif. C’est surtout se mettre en danger, ce qui est contre la nature.

Mais nous l’avons dit, l’Homo Sapiens a la capacité d’aller au-delà de ses instincts. C’est à vous de décider !

Pour nous, la position est différente. Car bien sûr nos gènes guident une bonne partie de nos comportements instinctifs, mais ce qui nous différencie de Lucy et d’Ardii est le mot “Sapiens” qui en d’autres mots veut dire “conscient”. Nous avons cette conscience et nous avons le choix de nos attitudes. Car l’instinct est présent, mais nous avons développé une “conscience” de notre environnement ce qui stimule ou non notre évolution. Nous avons la capacité de faire des choix.

Commencez par de petits pas

Car l’évolution, que ce soit personnel, ou professionnel commence par le chemin. Faire le petit pas à l’extérieur de votre zone de confort, pour permettre à la fantastique conscience de l’être humain de faire ce qu’elle fait de mieux… s’adapter à ce nouvel environnement, et d’explorer ce Nouveau Monde.

Ainsi, tranquillement, un pas à la fois, vous maitriserez mieux votre environnement nouveau, vous bâtirez autour de vous cette nouvelle zone de confort, et vous sentirez à nouveau en sécurité. Et pourrez évoluer vers le nouveau stade.

Ce Nouveau Monde offre plus que des opportunités extraordinaires. Il offre la possibilité de sortir le meilleur de nous-mêmes, d’aller plus loin, et finalement d’évoluer un peu plus dans ce nouvel univers de possibilité qui s’offre à nous. Ainsi, tout comme Ardi devant la montagne, vous pourrez choisir ou non de la grimper, choisir ou nous d’explorer ce Nouveau Monde, choisir ou non de pousser l’espèce Homo Sapiens un pas plus loin.

Le ferez-vous ? En fait, personnellement, je m’efforce tous les jours de le faire un peu plus.

Bonne semaine.

 

Note:  Merci Arte pour les images, Le Grand Rift Albertain ainsi que différentes images trouvé sur la toile.

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